Témoignage d'une phobie sociale | mardi 5 mai 2009
Avant de débuter, un petit cours de culture s’impose. Le mot agoraphobie vient du grec ἀγορά (foule) et φόβος (peur). Un autre terme peut s’apparenter à celui de l’agoraphobie : il s’agit de l’ochlophobie. Je n’ai jamais vraiment réussi à faire la différence entre ces deux phobies, qui ont toutes les deux la même hantise : les gens. Ce sont toutes deux des phobies sociales.
Mon problème ? Les autres. Inconnus, amis, vendeurs, collègues … Tous me font peur. Mais ce n’est pas si simple à dire que cela, et c’est pourquoi je vais tenter de tout exprimer ici (même si l’exprimer est encore trop faible pour qu’on comprenne correctement ce qu’il se passe à l’intérieur des personnes agoraphobes).
C’est très difficile de commencer à raconter cela. Je m’en aperçois en ce moment-même. Quel point aborder en premier ? Que dire et avant quoi ? Il n’y a pourtant pas d’ordres exacts dans mes sentiments et sensations vis-à-vis des gens. Ce qui est énervant avec cette phobie, c’est les relations avec ses amis. Chaque fête, chaque anniversaire, chaque sortie, chaque invitation, je refuse systématiquement. Même si ceux qui en font la demande sont énormément proches de moi, mon instinct me hurle de ne pas y aller. Du coup ils commencent à douter, tous ces amis … ils se demandent pourquoi je veux jamais les voir, jamais les inviter … Inviter quelqu’un, je ne peux vraiment pas. C’est quelque chose que je ne peux plus imaginer. Rien que le fait de prendre le téléphone et d’appeler. J’aurais trop peur de tomber sur quelqu’un d’inconnu. Inconnu. L’inconnu me fait terriblement peur. Être loin des personnes de ma famille et de ma maison me panique. Alors quand j’ai accepté, à grand peine, ce voyage en Italie l’année dernière, je ne m’attendais pas à ce que j’allais vivre : du stress continuel, des sueurs froides rien que pour le fait qu’on m’aperçoive en pyjama, qu’on me regarde, qu’on me juge … Tous les soirs, mon cœur était si serré que les larmes me venaient aux yeux. Heureusement, j’ai une qualité que j’admire moi-même : j’arrive très bien à faire semblant, à dissimuler mon angoisse, mes larmes, ma peur, ma panique devant les autres, que ce soit dans un lieu public ou au collège. Ces deux derniers endroits, étant pourtant mon quotidien, sont synonymes d’enfer. Au collège, le simple fait de rejoindre seule une salle de cours durant l’interclasse me pétrifie. Celui de traverser la cours en solitaire aussi, dès la fin de ce long et pénible voyage, les larmes me brûlent les paupières. Être dans cet établissement me ronge de l’intérieur, je sue énormément, j’ai des vertiges, et même en ayant mangé beaucoup le matin, mon ventre gargouille sans cesse. Le regard et le dur jugement des personnes de mon âge en sont les raisons. Mais le pire de tout, c’est que, en ce moment-même, quand je raconte tout ça, je vois bien, je me rends compte de l’étrangeté de ce que je pense et de ce que je ressens. Cependant, j’ai l’impression d’être bloquée. Bloquée contre un mur cyclopéen, pareil à celui des enfers grecs, celui qui entourait les Champs-Elysées. Et si le « paradis » était aussi derrière mon mur ? J’ai l’impression de tout rater sans pour autant y faire quoi que ce soit … Rester coincée dans un magasin parce qu’il y a quelques personnes dehors, ce n’est pas normal. Avoir de terribles crampes d’estomac lorsqu’une personne étrangère à ma famille se trouve avec moi non plus. Alors, il y a quelques semaines, j’ai commencé à suivre des séances chez un psy. Au bout de 4 séances, j’y ai renoncé : même son regard me terrorisait. Et depuis très peu de temps, certains soirs dans ma chambre, j’ai des crises d’angoisse. Peur de mourir, sensation de perte. Juste pour une journée au collège. Tout ce qui m’est étranger (personne, situation, lieu) me pétrifie. Je ne peux pas vivre normalement. Oh bien sûr, ça ne se voit pas, ou alors pas tant que ça. J’ai besoin continuellement d’une personne qui me connaît et qui connaît mon problème à mes côtés. Pour encore utiliser quelques exemples, j’aimerais citer le fait d’être placée au premier rang en classe. L’impression d’être observée, de sentir comme une multitude de flèches le regard des gens dans mon dos. Je m’empêche de faire ne serait-ce qu’un simple geste (« si je me gratte, ils vont tous penser que j’ai des pous », etc …). Ca donne peut-être l’image d’être quelque chose d’imbécile, de vraiment abrutie, et cependant ça me gâche la vie. Je ne peux rien faire sans me demander ce que les autres en penseront. Parler en public me fait trembler, marcher seule dans la rue m’est insupportable. Et je ne parle pas du futur lycée … énormément de monde, 98% des gens me seront inconnus … Cette simple pensée m’angoisse, à un point qu’il m’est impossible de décrire. Acheter le pain ? Ca va pas la tête ? Aller dans les magasins ? Et puis quoi encore ? Dès qu’un professeur me fait ne serait-ce qu’une remarque ironique (« Chloé est fatiguée aujourd’hui ») j’ai envie de pleurer et je me mets à trembler. J’écris ce texte car je pense que ça peut me faire un peu de bien, que vous sachiez, tous autant que vous êtes, ce qu’il se passe. Pour le moment, seul quelques membres de ma famille et 3 ou 4 personnes du collège (ainsi qu’un professeur) le savent.
J’espère qu’on ne me jugera pas sur tout cela.
Chloé.
Mayalen a matérialisé sa pensée à 12:02 |
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Chloé, 15 ans. J'aime pas les gens.
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